Et si on passait en mode « Design collaboratif » ?

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Comment se reconcentrer dans notre travail de designer : converger notre réflexion vers un même point qui n’est alors plus le sien, mais celui de notre audience, en passant par un design dit “collaboratif”.

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Note WDT : publié initialement sur Medium avec le titre « Collaborative Design vs Big Egos » par mon ami et associé Thomas Bonometti, j’ai eu envie de re-poster cet article pour vous.

Il constitue pour moi une réflexion essentielle sur notre métier de designer aujourd’hui. Merci à toi Thomas.

— L’empathie.

Art Director, Creative Director, Designer… tous doivent faire preuve empathie. Elle est indispensable. C’est cette empathie qui permet au “créatif” de capter les nouvelles tendances graphiques et d’usages, mais aussi, et surtout, les besoins d’un client ou les habitudes d’une communauté. C’est cette compréhension de l’autre qui nous permet d’apporter une solution esthétique et pratique à une problématique soumise.

Pourtant, ces métiers sont rongés par les Big Ego’s.

Des egos lié au processus de création, d’où se dégage une fierté : celle d’avoir fait quelque chose qui plaît, qui suscite l’admiration, mais qui surtout plaît à soi-même. “C’est mon bébé, c’est moi qui l’ait fait et il est parfait tel que je l’ai imaginé.”

Or, comment peut-on répondre à une problématique liée à un usage qui ne nous est pas propre et faire preuve d’empathie lorsque l’on est égocentré ?

C’est une énorme source de conflit : envers soi-même, envers des collègues ou un professeur qui peut remettre en question des partis pris graphiques, etc. … ou bien évidemment envers les retours d’un client.

Il n’est pas ici question des compétences et aptitudes de chacun, ni de leurs légitimités en matière de choix graphiques : uniquement de nos rapports face à ses différents acteurs de notre quotidien. Ainsi, toute personne intervenant dans le processus de création a forcément déjà été confronté à ce genre de situation : designer, client, project manager, étudiant… moi-même. Très souvent. Et de chaque côté.

Poussée à son extrême, cette dérive amène le “créatif” à se complaire dans son autosatisfaction, à se paraître d’une gloire passée qui ne le reflète plus depuis longtemps. Sûr de lui, il ne s’intéresse plus à sa communauté, aux nouvelles tendances, ne s’identifie plus à de nouvelles références… et donc échoue.

Par perte d’empathie, et donc d’évolution, il échoue en tant que designer.

— Un saut vers l’avant : l’inconnu.

En Novembre 2015, j’ai eu la chance d’assister à la conférence d’Anton & Irène lors du Kikk Festival, à Namur (Belgique). Elle m’a conforté dans mes choix et mes croyances quant à nos métiers, dans une période de ma vie en proie à beaucoup de questions sur nos métiers. Mais un élément de leur conférence a particulièrement attiré mon attention. Lors de leur processus de création, en plus d’adopter une méthode immédiatement multi-support (et non mobile-first), les deux designers du studio new-yorkais s’échangent leur maquettes. Cet échange leur permet d’avoir un point de vue différent, et des maquettes directement mises à l’épreuve.

Bien que je la trouvais déjà très intéressante, cette méthode ne s’avéra pas applicable dans la structure où je me trouvais : de trop grandes équipes de production, des strates de décision et de réflexion à n’en plus finir, des méthodes et des habitudes trop ancrées pour être remises en question… Il m’a fallut presque un an, un nouveau job, une nouvelle équipe (plus réduite mais aussi plus flexible et ouverte) pour que l’idée revienne au goût du jour.

Nous avons donc mis en pratique : nous avons échangé nos maquettes (web, print, brand identity, …) via nos différents software (Adobe Photoshop, Adobe Illustrator…) lors d’appels d’offres ou de travaux de communication en interne. De part leurs natures, ces deux types de travaux sont vite devenus des projets collaboratifs : par soucis de temps et par praticité essentiellement. Dans un temps particulièrement court, les égos de chacun doivent être mis de côté afin d’accélérer les prises de décision et respecter les deadline.

L’échange de .psd/.ai force une meilleur organisation des fichiers : de la nomination des calques à l’utilisation de fichiers liés, dynamiques et allégés, en passant par l’utilisation de bibliothèques collaboratives Adobe Cloud.

Une direction artistique est définie à la genèse du projet, mais celle-ci évolue continuellement lors des transmissions. Pour qu’une telle transmission soit possible, le créatif doit savoir lâcher prise et laisser place à l’évolution. Il doit y voir un recul sur son propre travail, et non une remise en question égoïste de ses propre choix. Il doit abandonner son Big Ego.

Ce travail fonctionne avec des personnes sur la même longueur d’onde, pas le même style graphique. C’est cette évolution, ce croisement de points de vue et de cultures graphiques, qui va amener son originalité au projet.

Car il y a là plus qu’un échange de maquettes : un échange d’idées, d’influences et de références différentes pour un même projet, mais aussi d’outils, de ressources, de méthodes de travail. C’est donc un excellent moyen de mettre à jour sa veille et une réelle stimulation graphique.

— Demain.

Nous n’en sommes aujourd’hui qu’à nos débuts, mais je suis content des résultats que nous avons obtenus jusqu’ici en expérimentant cette méthode.

Bien sûr, j’y vois quelques limites et contraintes (pour l’instant) : sa faisabilité sur des projets de grande envergure, les compatibilités de logiciels (Affinity vs Adobe), ou encore le simple fait que tout le monde ne peut pas travailler sur tous les projets au sein d’une agence. Nous avons également limité nos échanges à maximum 3 créatifs différents, et j’imagine difficilement augmenter ce chiffre.

Attention toutefois à ne pas basculer dans la situation inverse.

Quand je parle de mettre de côté son égo dans le processus créatif, je ne dis pas d’abandonner son parti pris non plus. Ce serait tomber dans l’exact opposé que de faire preuve d’une totale passivité dénuée d’intérêt, de ne plus assumer ses choix, ses convictions et donc son expertise. La volonté de simplifier les échanges ne doit pas prendre le dessus sur l’expertise et la créativité. Jamais.

La solution passe par le dialogue.

Un processus de réflexion créative sans “Big Ego” est une réflexion qui devient alors centrée sur l’UX, une réflexion empathique : soit notre fonction première de designer.

Images d’illustrations de l’article : PORTRAITS 3.0 par Antoni Tudisco

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