Pourquoi les interfaces web & mobile se ressemblent toutes ?

J’ai créé mon premier site web au début des années 2000. A l’époque, le web n’avait pas grand chose à voir avec celui d’aujourd’hui…

Au tout début du web, la création de design d’interfaces utilisateur était effectuée souvent sur le tas : en codant. Les prises de décisions importantes étaient souvent prises à la volée, d’après différentes sources d’inspiration et tutoriels.

Les possibilités de créations semblaient infinies (avec bien sûr les limitations des navigateurs), mais il avait peu de ressources. Peu de templates, des éléments graphiques uniquement pixelisés et d’animations Flash parfois complètement folles (aujourd’hui complètement mort, vous le savez). 

Yahoo en 1994

Les utilisateurs étaient ravis de voir de nouvelles idées prendre vie. Pour les plus anciens parmi vous, souvenez-vous des navigations clignotantes, des textes en mouvement ou encore les logos animés en GIF. Je me souviens que parfois, il y avait même une page d’instructions pour apprendre aux utilisateurs à utiliser l’interface du site Web ! L’expérience utilisateur était réduite à son essence même : montrer et trouver tant bien que mal des informations sur internet.

On constate d’ailleurs un retour aux sources sous la forme de la tendance « brutaliste » depuis 2018. Comme je l’écrivais dans cet article, « La tendance brutaliste s’exprime par des mises en page atypiques et déstructurées. […] Il semble que cette tendance exprime le rejet de la masse, qui elle privilégie les interfaces minimalistes et « trop propres ». Un acte de résistance en somme, qui donne naissance à des expériences intéressantes.« 

Petit à petit, le design et les technologies ont évolués

Au fil du temps, dans l’évolution des outils et des pratiques de design l’expérience, deux choses majeure se sont produites :

  • Les attentes de l’internaute lambda ont augmenté. Les sites web plus faciles à utiliser, plus beau visuellement, ont commencé à tirer leur épingle du jeu.
    Les designers ont commencé à comprendre quels éléments fonctionnaient mieux et ils ont commencé à réutiliser des templates, des modèles au sein de leurs organisations et à «emprunter» ces modèles à d’autres entreprises prospères.

  • Comme je le répète souvent, un site web est avant tout une solution à un problème de l’utilisateur. Plus l’utilisateur obtient rapidement l’information qu’il est venu chercher, plus il aurait de chances de rester et de ne pas aller voir un concurrent.

    Le design et l’expérience doivent offrir aux utilisateurs des éléments qu’ils trouvent familiers. Des fonctionnalités, des réflexes du monde réel, immédiatement reconnaissables. Comme un bouton par exemple, qui doit aider instantanément les utilisateurs à comprendre ce qu’il faut faire. Bien sûr, dans la pratique c’est beaucoup plus compliqué que ça, mais la faible convivialité d’une interface est l’un des principaux facteurs de rebond. N’oublions pas non plus les aspects marketing et de branding : la meilleure interface est invisible.

D’une manière générale, l’unification est bonne, car elle améliore l’UX et rejoint clairement les attentes claires des utilisateurs. Paradoxalement, lorsque tout est prévisible et similaire, rien ne se démarque. Il devient de plus en plus difficile de distinguer les marques, les produits et les services.

Les fondations de l’unification globale des interfaces utilisateur

Je le répète souvent dans mes cours et mes interventions, les tendances du web design se très souvent insufflées par les GAFAM : Google avec Material Design en tête. Lancé en 2014, le Design System du géant américain à posé les bases d’un très bon design de produit numérique globalisé. Material Design ne crée pas seulement de l’ordre graphique, elle crée des règles avec un but et un sens.

Bien qu’il est évolué aujourd’hui, il est devenu l’un d’un principe de design visuel le plus influent en matière d’UI, façonnant la façon dont les gens voient et interagissent avec les interfaces.

Les géants du web diffusent les tendances

Google a une influence considérable sur la manière dont les utilisateurs interagissent avec les services numériques et le Web. Après tout, 87% des internautes utilisent les produits Google. Un autre influenceur majeur est Apple avec son « Human Interface Guidelines » pour tous les produits. Chaque fois qu’ils modifient le design de leurs produits, ils déclenchent des changements pour l’ensemble du paysage du design d’interface : chacun s’efforce de suivre leurs décisions et « bonnes pratiques ».

Une stratégie de suivi du leader a souvent du sens. Ils dictent la tendance non seulement en raison de leur innovation en matière de design, mais aussi en raison de leur domination sur le marché et de leur large clientèle. De plus, avec la croissance de l’App Store, ils définissent les lignes directrices des applications et façonnent leur identité visuelle. Fou non ? 

iOS6 vs iOS7 en 2013

Lorsque Apple a dévoilé iOS 7 en 2013, il a introduit un nouveau design plat (FlatDesign) qui a rejeté l’idée que les applications devraient utiliser un design skeuomorphique et utiliser à la place des couleurs pleines, composées de différentes couches. Avec le recul, il est devenu de plus en plus clair qu’iOS 7 était bien plus qu’un rafraîchissement visuel, c’était une vision de design différente.

À cette époque, on parlait beaucoup des influences du design dans le nouvel iOS présenté : certains composants ressemblaient trop à ceux de Windows Phone, Nokia, Android et Blackberry OS… Le design est un langage qui n’évolue pas dans le vide, mais avec l’apport d’autres voix. C’est ainsi que fonctionnent ces tendances : elles vont et viennent, elles sont circulaires. Elles ont souvent tendance à converger pour se retrouver sur de mêmes éléments.

Outre les tendances liées aux géants du web, les nouvelles versions, déployées, il existe également d’autres raisons plus universelles à ce processus d’unification. Les réseaux sociaux, la globalisation du web créant une sorte de norme visuelle mondiale en sont quelques exemples.

Bienvenue de l’ère de l’unification de l’interface utilisateur

Les utilisateurs passent de plus en plus de temps sur les réseaux sociaux. Ces applications deviennent une couche entre les utilisateurs et le contenu. Dans cette relation, il semble logique que la charge cognitive de l’interface des médias sociaux elle-même diminue. Elles deviennent transparentes, le contenu est roi.

Les médias sociaux ne sont pas seulement une application ou un site Web, c’est un écosystème d’objets (photos, vidéos, commentaires, groupes, etc.) qui sont agrégés dans différentes mises en page sous la forme d’un flux ou d’une page. Peu importe sur quelle plate-forme le contenu est publié, qu’il s’agisse d’une montre intelligente ou d’une application de bureau, leurs relations restent les mêmes. L’interface y joue un rôle secondaire.

Internet érode les différences culturelles et forme un nouveau style mondial sans aucun fondement ni patrimoine national unique. Avant cela, le design et les styles visuels dominants suivaient les arts et l’esprit de la décennie. Les tendances mondiales sont désormais définies par les grandes entreprises mondiales et les attentes des utilisateurs deviennent de plus en plus fonctionnelles.

Quelques exemples de landings pages modernes

L’ascétisme visuel comme tendance mondiale

La charge cognitive de l’utilisateur diminue avec une unification accrue – c’est la tendance. Tout devient plus simple et plus flexible. Le Web moderne est doux et convivial. Les interfaces ont tendance à être de couleur pastel, avec des coins arrondis et des ombres douces.

Animoji d’Apple, ainsi que la tendance actuelle pour les objets et personnages 3D lumineux, rend le design encore plus « doudou ». Dans un tel environnement, l’interaction avec des tâches même complexes, pas toujours passionnantes, devient plus agréable

L’utilisateur a toujours des attentes sous la forme de modèles mentaux sur la manière dont sera son interaction avec un système. Si au lieu des schémas habituels, l’utilisateur rencontre quelque chose de complètement inattendu, le résultat est souvent une insatisfaction… Un nouveau paradigme de design n’est pas nécessairement mauvais, mais l’utilisateur devra dépenser des ressources supplémentaires pour comprendre votre nouvelle interface. Toute refonte et mise à jour majeure illustrera parfaitement ça.

L’approche consiste à rendre les produits plus attractifs et plus conviviaux tout en conservant le même ensemble de fonctions. Faisons le parallèle avec les tablettes modernes. Elles ont beaucoup plus de fonctions et de puissance de calcul que les ordinateurs de bureau plus anciens. Mais même les enfants les utilisent dès leur plus jeune âge. La forme a changé, elle est plus accessible et même plus attractive maintenant ! 

Des schémas inconnus sont souvent source d’insatisfaction

L’utilisateur a toujours navigué inconsciemment avec des attentes sous la forme de modèles mentaux sur la manière dont sera son interaction avec un système. Si au lieu des schémas habituels, l’utilisateur rencontre quelque chose de complètement inattendu, le résultat est souvent une insatisfaction. Par exemple, cliquer sur le logo du site renvoie habituellement à la page d’accueil de celui-ci. Ce comportement est attendu, le modifier sera source de frustration pour l’utilisateur.

Un nouveau paradigme de design n’est pas nécessairement mauvais, mais l’utilisateur devra utiliser des ressources cérébrales supplémentaires pour comprendre un nouveau type d’interface. Toute refonte et mise à jour majeure illustrera parfaitement cela. Prenez par exemple les changements récents sur Instagram, qui ont donnés lieu à des nombreux échanges sur les réseaux sociaux.

L’interface utilisateur devient invisible

Toutes les expériences de site Web ou d’application n’ont pas besoin d’être mémorables. De nombreuses applications utilisent des composants d’interface utilisateur standard et des éléments de design extrêmement familiers. L’utilisateur n’a pas besoin de réfléchir à la façon d’utiliser l’interface et ne le remarque probablement pas du tout. Cela permet à la personne de se concentrer sur l’utilisation efficace du système pour effectuer des tâches rapidement et facilement.

Cependant, pour qu’une entreprise et une expérience de marque se démarquent du vaste éventail de concurrents, les designs ont encore besoin de différenciation.

Trouver sa capacité à jouer sur les différences

Comme évoqué plus haut, le type extrême de différenciation de design s’est exprimé dans le style brutaliste. Comme le design minimaliste, le brutalisme dérive d’un mouvement architectural antérieur. Les sites Web brutalistes sont conçus pour être rudes, crus et délibérément bâclés. Face à un site comme celui-ci, l’utilisateur est susceptible d’avoir une réaction émotionnelle forte en étant déconcerté. Ce style peut être adoré ou détesté. Cela peut à la fois renforcer le lien émotionnel avec l’utilisateur et vice versa.

L’utilisation massive de la 3D, du WebGL et de la gamification sont autant de leviers qui développent la capacité de jouer sur les différences.

Incontournables UI UX

Encore un exemple récent d'utilisation d'élément 3D intéressant chez Squad Easy

Le mot de la fin

L’unification du design est un signe de progrès – le Web est devenu plus accessible, plus convivial et plus structuré. Un ensemble de modèles standardisés permet de porter plus d’attention aux tâches de l’utilisateur au lieu de réinventer la roue. Les utilisateurs et les entreprises en bénéficient : des composants cohérents, de hautes qualités facilitent la communication.

En même temps, lorsque chaque produit et chaque expérience se ressemblent, nous risquons de les rendre fades et inintéressants. Le design est une question de communication et d’impact, et l’impact est réduit lorsque tout est identique.

La bonne stratégie consiste à prêter attention aux tendances du design à plus long terme ainsi qu’à ce qui se passe au quotidien.

C’est exactement pour ça que je continue à maintenir Webdesigner Trends. Continuer d’écrire me permet et m’oblige à rester connecté aux tendances et aux bonnes pratiques du moment. Si vous suivez régulièrement les incontournables, vous pouvez également constater que dans ce paysage monotone, de nombreux sites arrivent encore et toujours à créer de nouvelles expériences utilisateur uniques. 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Article librement inspiré de mes différentes conférences, mais aussi d’articles sur UX Pin entre autre.

3 commentaires

  • Merci pour ce chouette article qui me rend un peu plus optimiste sur l’avenir du web.

    Devenu plus « accessible », il est devenu également plus monotone. Des fois, je dis que le web s’est gentrifié !

    Mais il est toujours possible de faire preuve de créativité et d’originalité. Encore faut-il pouvoir prendre de petits risques auprès des client.e.s quand ils ouverts et sensibles à la création graphique.

    Perso, je ne pourrais pas continuer dans le métier si je ne peux pas rajouter une petite touche d’originalité.

    • Bonjour Guillaume,

      Je suis d’accord avec vous. C’est vrai que parfois on a l’impression que certains sites ont juste « copier-coller » leur design et changer le contenu.

      La créativité et l’originalité sont le coeur des métiers créatifs et surtout ce sont des éléments qui ont toujours fonctionné pour se démarquer et réinventer les choses.

      Mais si l’on regarde de plus près, pour que cela fonctionne il faut reprendre les codes auxquels les utilisateurs sont habitués et apporter une touche de nouveauté.

      C’est ce qu’a fait Apple pour reprendre l’exemple dans l’article. Il faut changer les choses petit à petit pour guider l’UX vers quelque chose de complètement d’innovant. Les géants du web et de l’industrie ont plus ou moins conditionné les codes et la façon dont on utilise les choses. Alors forcément quand on sort du lot c’est difficile de le faire accepter à un large public.

  • […] L’imprévisibilité et la complexité sont les ennemis d’une bonne UX. Tenez-vous-en aux codes établis. Vos clients n’apprécieront pas une expérience intuitive si ce n’est pas votre cas. Vous avez peur que votre interface ressemble ainsi à toutes les autres ? N’ayez crainte, Arnaud donne plus de détail dans cet article. […]

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